dimanche 19 juin 2011

Yangon baby gone


Le Myanmar, c'est tellement différent. On est loin du confort de la thailande, encore plus loin du confort du Québec. C'est des visages indiens, népalais, chinois, bamars, shan, karen, kachin, mais aucun visage blanc. Un dépaysement total. C'est à ça que je pensais en marchant hors de notre auberge, jusqu'à ce que j'entende un jeune indien chanter ''Baby'' de Justin Bieber. C'est pas mal venu interrompre ma rêverie, disons...





Yangon, c'est le chaos. C'est la capitale sans l'être. Les ambassades sont là, le cash est là, 50 millions de personnes, y vivent. Mais les dirigeants du pays, sur les conseils d'un devin, ont déménagé la capitale du jour au lendemain. Le downtown de la ville est sale. La population est hétéroclite. Il faut savoir qu'il y a des stupas bouddhistes à tout les coins de rue, sinon, c'est une mosquée, un temple hindou, une église baptiste, catholique, ou une synagogue. C'est le lieu où l'on comprend mieux pourquoi le nom complet du Myanmar est ''Union du Myanmar''. Avec la diversité ethnique qu'il y a ici, les bamars, l'ethnie principale avec son 62% de la population du pays, et les autres peuples doivent s'unir. Certaines nations ont leur propre état auto-géré et leur propre armée. La junte essaie de faire tenir ça comme ils peuvent avec plus ou moins de succès. Là où la population se rejoint, c'est dans le port du Longyi. Hommes et femmes portent pour la plupart une espèce de jupe faite d'un morceau de tissu enroulé comme on s'enroule une serviette autour de la taille après la douche. Ça fait drôle, tout ses hommes en jupes. Les femmes se rejoignent aussi par le tanaka. Le tanaka c'est une espèce de poudre de bois mouillé dont les femmes s'enduisent le visage. Ça fait un maquillage mais ça tient surtout le rôle de crème solaire (qui ne disparaît pas après application.) C'est drôle de voir ces hommes qui portent des jupes avec des t-shirts modernes et ses femmes habillées on ne peut plus normalement (peut être un peu plus conservativement que les filles du Québec, on voit moins de peau) avec cette espèce de maquillage tribal.

Le Myanmar, pendant la colonisation anglaise, a vu des vagues massives d'immigrants indiens (les lieutenants des anglais) et de chinois (les marchands amis des anglais). Si bien que le birman métissé qu'on croise au coin de la rue, avec ses yeux bridés, sa peau noire et sa forte carrure est bien loin de ressembler aux habitants des autres pays d'Asie du Sud-Est. À Yangon, le fantôme de la colonie anglaise n'est pas bien loin. Les gens du centre-ville s'entassent dans les énormes bâtiments coloniaux noircis, qui tombent en ruines. On dirait une ville recyclée. Recyclée comme ses vieux autobus qui datent de la deuxième guerre mondiale et ses vieux pick-ups pleins à craquer, on remplit la boîte avec une quinzaines de personne et on met des gens sur le toiit de la cabine. La pauvreté est tangible. Mais les sourires des gens, parfois chaleureux, parfois curieux (ils ne voient pas des blancs à tout les jours) sont toujours au rendez-vous. Ça fait du bien. La Thaïlande, c'est un peu froid. Ça sourit quand il y a de l'argent à faire, le Laos aussi, bien qu'on n'y soit pas vraiment resté assez longtemps pour faire un portrait fidèle. On vend n'importe quoi n'importe où. Tout ça, c'est bien différent du nord de la ville. Le territoire des ONGs et des diplomates, emmitouflés dans leurs énormes villas protégées par des murailles et des barbellés où l'on ne rencontre personne dans les rues.

On ne sent pas trop le caractère autoritaire de la junte ici. Si ce n'est que l'absence totale de guichets automatiques (ce sera pareil à travers tout le pays, on garde l'oeil sur nos cennes!) parce que le pays n'a pas d'ententes avec les banques internationales et le fait qu'il n'y a pas vraiment de musées. Je m'attendais à quelque chose de nettement plus Orwellien, ça m'a un peu désarçonné lorsque les douaniers nous ont accueilli avec le sourire (à l'heure de la rédaction, je peux dire qu'on sent plus le régime à Mandalay, une banderole au slogan troublant, un wagon de prisonniers qui nous font des bye-bye. C'est une ville où l'on prend son temps à marcher. Et où une simple chose comme changer de l'argent en argent local (kyat, on prononce tchiatte) devient une aventure. Ici. Il faut arriver avec des dollars américains et attention, pas n'importe lesquels, seulement de beaux billets ultra-neufs! Le moindre coin plié, la plus infime tâche, la plus minime déchirure est une prétexte pour se faire refuser de changer un billet. Et je n'exagère pas du tout. En revanche, les kyats qu'on reçoit, eux, ont vu l'enfer et en sont revenus. Le kyat est la monnaie la plus ridicule que nous avons vu jusqu'à maintenant. Le plus gros billet, 1000 kyat, vaut 1,30$. Alors il faut toujours payer avec d'énormes tas. Comme si ce n'était pas assez, les billets de 1000 ont été fait en deux formats, l'ancien format est long d'un pied à peu près, et le nouveau est d'un format heureusement plus commun. Ça vous fait des piles assez désordonnés. Les birmans sont habitués à la monnaie stupide. L'ancien dictateur a changé, le jour de son 75ième anniversaire, les billets du temps (1, 10, 25, 50, 100, 1000) pour de nouveaux billets de 1, 35, 45, 75 kyats. Où sont passés les 100 et les 1000$? Plus bons, du jour au lendemain! Une mesure socialiste pour ramener les riches au niveau de la classe moyenne... Ne Win, le chef, a refait le coup plus tard, avec des billets de 30, 60 et 90. Après, le peuple l'a chassé. On comprendra pourquoi...


Un billet assez gros pour servir de couverte
S'il y a une chose qu'il faut voir à Yangon, c'est la Shwedagon Paya. Un temple magnifique. On pourrait penser, comme Marie-Pier (et moi aussi, je l'admet) : ''Ah! Encore un temple...'' Mais celui-là éclipse les autres. Il est couvert d'or. Ça brille de partout. Difficile à expliquer, faut le voir pour le croire. Je vous en laisse quelques photos.

Nous avons marché à travers plusieurs autres temples. Il serait inutile de les énumérer tous. Je ne reviens tout simplement pas de la foi des gens ici. Tant de temples, tant d'or quand les gens qui y viennent vivent avec moins de 2 dollars par jour. Ici, les temples revêtent un aspect communautaire. On y vient pour faire ses devoirs, pour dormir, pour lire le journal en fumant des cigarettes et bien sûr, pour prier. C'est comme un espace de calme à travers la ville où l'on peut venir faire ce qu'on veut.

Côté restaurants, on s'est permis un petit resto italien non loin de l'ambassade du dit pays. C'était plus cher que la moyenne de nos repas, mais les carbonnaras saumon fumés et les ariabiattas étaient divins. On repassera plus tard pur la nourriture traditionnelle birmane (à l'heure de la rédaction du texte, on s'est gâté à Mandalay dans la nourriture bamar et shan, c'est délicieux et surtout vraiment pas cher!)

Après deux jours à Yangon (il n'y a pas grand chose à faire ici) on quitte en autobus pour Mandalay, l'ancienne capitale royale et le fief des investisseurs chinois, des marchands de gemmes et des caïds de l’héroïne!

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