dimanche 19 juin 2011

Monumental


Je ne sais pas ce qu'il y a de plus monumental au Myanmar. Avec notre voyage, j'ai l'impression qu'il y a deux choses. Bagan et l'hospitalité des birmans.

D'abord Bagan. Fraîchement arrivés de Mandalay à Bagan, on arrive au beau milieu de la nuit dans la ville. L'auto qui nous conduit à l'auberge arrête devant un petit cabanon où l'on réveille deux officiers. C'est que nous devons payer le droit d'entrée du site de Bagan. C'est 10 USD par tête et ça va dans les poches de la junte... Mais je crois que ça valait amplement la peine!

Bagan, c'est, comme le décrit le Lonely Planet, l'équivalent bouddhiste de toutes les cathédrales d'Europe et quelques centaines de plus réunies dans une zone grosse comme l’île de Manhattan. Ça décrit bien. Imaginez, à quelques minutes à vélo du village, vous tombez dans des plaines jalonnées de temples immenses. La formule des touristes tout-inclus et des M. Kodak n'a pas encore (trop) fait ses ravages ici, mettons ça sur le dos de l'isolement du Myanmar. Alors, ce que ça offre, c'est de longues journées à vélo, à s'arrêter n'importe où sur le bord de la route et à jouer les indiana jones avec une lampe de poche dans des temples vides, certains vieux de plus de 800 ans. C'est majestueux, grandiose, je ne trouve pas le mot. Le plus plaisant, c'est de trouver un temple de moyenne taille, délaissé et d'y monter. De là, la vue sur la pleine couverte de temples, des petits, des gros, en briques, avec un toît en or, style chinois, vieux, récents, est imprenable.

La plaine, les temples.


La ville est un peu chère. Il faut comprendre qu'elle ne vit que du tourisme et du commerce de la laque. À la sortie de la plupart des temples, un birman vous surprendra et déroulera ses peintures en sables en vous offrant les meilleurs prix. Les gens sont très pauvres au Myanmar. C'est l'un des 50 pays les plus pauvres au monde et c'est celui qui reçoit le moins d'aide internationale (2.1$ par personne par année, la moyenne est à 51$) Alors ils sont insistants, ça devient irritant, ils vous surprennent partout, vous font faire des tours des plus grands temples gratuitement puis sortent de leur bourse différents colifichets à vous vendre. Il faut les comprendre, c'est sûr. Heureusement, puisque nous avions vraiment peu d'argent (on s'est serré la ceinture durant toute la semaine, si vous venez au Myanmar, apportez beaucoup d'argent US), nous ne nous sommes pas ruinés car la qualité de l'artisanat est vraiment tentante.

À Bagan, nous avons aussi essayé pour une première fois la deuxième chose la plus monumentale du pays. À la sortie d'un restaurant, la femme d'un professeur d'anglais birman nous a invité à venir chez eux. Une petite maison bien pauvre mais fière, propre et à l'ordre. Le monsieur nous a acceuilli et pas longtemps après, sa femme nous rapportait des mangues, des bonbons et des noix pour nous empifrer. Je remarque que c'est typique des pays pauvres, on dirait que les gens qui n'ont rien sont ceux qui donnent le plus. Le monsieur ne tarissait pas de formules de politesses pour nous. Les plus longues et les plus nombreuses de ma vie. Le cliché asiatique. Un peu plus et il m'appelait ''honolable''. Ça n'a pas été long qu'ils nous invitait à revenir pour souper. Ce que nous avons fait. C'était délicieux et la dame n'y allait pas de main morte sur les portions. Elle nous a resservit 5 fois! Le monsieur, très érudit, grand lecteur et fervent bouddhiste (slon lui, nous acceuillir ainsi était son devoir de croyant), nous a renseigné sur tellement de sujets : les conditions de vie ici, le bouddhisme, un peu de politique (malgré le risque!) L'homme tire sur ses 80 ans, il est maintenant retraité, il reçoit une pension de 1000 kyats par mois (c'est environ le prix de trois bouteilles d'eau). Il doit donc trouver de l'argent en étant guide. On sentait qu'il aurait voulu qu'on le prenne qu'on guide, ou alors que l'on utilise un quelconque de ses services. Mais c'était toujours proposé indirectement, conformément à la politesse birmane. Malheureusement, nous n'avions pas l'argent pour nous permettre ça, ne serait-ce que pour l'aider. Comme si ce n'était pas assez, l'homme a organisé un espèce de programme de bourse pour que de jeunes étudiants de la campagne qui veulent continuer leurs études puissent le faire. Il est débrouillard! Par exemple, il s'est entendu avec des moines pour trouver des habitations gratuites dans des monastères. C'est après un échange de photo et de musiques (J'ai montré mon portable, ils ont montré des DVDs de musique traditionnnelle) que nous nous sommes laissés.

Nous sommes retourné à Yangon pour s'apercevoir que nos billets d'avions n'étaient pas pour le 18 mais bien pour le 19. À ce jour, on ne s'explique toujours pas comment ça a pu arrivé et comment nous ne l'avons pas remarqué... Ça nous force à abandonner la méditation en Thailande. Ce n'est que partie remise! Il nous reste quand même 80 ans à voyager... Mais plus j'en apprend sur le bouddhisme, plus ça m'intéresse. Peut-être moins la partie superstitieuse qui s'y est greffé. Mais les enseignements valent la peine que je lise plus là dessus à mon retour.

Le plus gros problème, c'est qu'on avait calculé notre budget pour revenir le 18 au matin, et non pas le 19 au soir. C'était 6 repas de plus et une nuit d'hôtel sur un budget déjà plus que serré. Encore une fois, l'hospitalité birmane est arrivée bien à point!

À notre auberge logeait un Australien d'origine birmane. Le vieux monsieur, un grincheux au grand cœur, très patriote pour sa terre d’accueil et bavard comme une pie, nous a invité à le suivre pour la journée. Il nous a amené chez sa famille d'ici, dans un bidonville en bordure de Yangon. Puisqu'il vit maintenant en Australie, l'homme a les moyens de revenir ici de temps à autres et donne un coup de pouce dès qu'il le peut à sa famille. Sa famille n'a pas grand chose, mais elle a au moins une maison solide, des médicaments et une éducation. Là aussi, nous avons été reçu comme des rois. Ça nous aura permis de voir la vie birmane de l'intérieur. Au sein de cette famille où cousins, cousines, oncle, tantes, vivent tous autour du grand-père. Le quartier n'était vraiment pas riche, mais les gens sont fiers, ils sont propres. Si bien que lorsqu'ils prennent l'autobus pour aller en ville, je crois qu'il est impossible de deviner qu'ils viennent du bidonville. Étrangement, nous avons vu des télévisions à LCD de 42 po là bas... Ça vit dans des maisons de 4 mètres carrés mais ça a de belles télévisions. Il y avait même un petit club vidéo. Une petite guérite avec des DVDs empilés.

Nous avons eu une belle visite guidée des pagodes du coin (oui, encore des pagodes... si c'était physiquement possible de faire une indigestion de pagodes je la ferais maintenant...) et, au retour, nous sommes allé avec notre vieux monsieur au magasin à grande-surface de Yangon. C'est étrange, tout y est écrit en anglais. Même si personne n'y parle un traitre mot d'anglais. C'est plus cher que dans la rue, un luxe de riche, il faut croire. Fait étrange, la section Cds, DVDs, et jeux vidéo vendait des copies vraiment évidentes. (Les pochettes imprimées avec une imprimante cheapos et les directives pour faire fonctionner le crack écrite en arrière de la boîte.) Avoir eu l'argent, j'aurais été curieux d'essayer ces jeux à 2 dollars (ça vous laisse deviner il nous restait combien)...

Nous quittons Yangon à l'instant. On retourne en Thailande une nuit puis direction Cambodge. (C'est jet-set, passer une seule nuit dans un pays, non?) On laisse un pays où l'on va très certainement revenir. Nous avons adoré ce pays, ses gens, ses merveilles.  

1 commentaire:

  1. Un territoire gros comme l'île de Manhattan remplit de temples vides? Ça doit être complètement surréel.

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